La mer présente un potentiel énergétique significatif, que cette énergie soit mécanique (marées, vagues, courants...) ou thermique, et l'idée d'exploiter l'énergie marine existe depuis longtemps. Avec la montée en puissance des objectifs de production d'énergies renouvelables, mais aussi de l'image positive attachée à ces énergies, les projets d'exploitation de l'énergie marine se multiplient actuellement.
EDF a d'ailleurs été l'une des pionnières du domaine, avec la construction de l'usine marémotrice de La Rance (240 MW, environ 500 GWh/an) en 1966, qui reste le seul exemple industriel de ce type à ce jour, en attendant la mise en service de la centrale de Sihwa en Corée du Sud.
Depuis quelques années, la R&D et l'ingénierie d'EDF étudient l'énergie hydrolienne, dont le principe consiste à récupérer l'énergie cinétique des courants de marée au moyen de turbines immergées. Cette énergie renouvelable est en effet attractive : prédictible, dense et d'impact visuel limité voire nul pour des machines complètement immergées.
Le potentiel hydrolien en Europe est estimé entre 18 et 35 TWh/an, pour 6 à 8 GW installés. Tandis que le Royaume-Uni possède environ 75% de cette ressource, la France en détient quelques 20%, répartis entre la Bretagne et le Cotentin.
Parmi les quelques dizaines de technologies en cours de développement dans le monde, aucune n'a franchi le seuil industriel à ce jour. Cette filière a donc besoin de prouver qu'elle peut contribuer au développement de la production d'électricité aux côtés des autres énergies renouvelables : cela passe d'abord par la réalisation de démonstrateurs en mer.
Les technologies les plus avancées atteignent ce stade actuellement, avec le test en mer d'une machine unique, à l'instar de MCT qui teste la machine SEAGEN (1,2 MW) en Irlande du Nord, ou OpenHydro qui, après avoir testé sa 1ère génération de turbine (250 kW, 6 m de diamètre) au Centre Européen des Energies Marines , en Ecosse, depuis 2007, a déployé en novembre 2009 une machine plus grande (10 m de diamètre) sur le site de FORCE dans la baie de Fundy au Canada. Ce site devrait également accueillir MCT et Alstom/CleanCurrent dans un proche avenir.
Aucun projet ne s'intéresse donc encore à la mise en parc de ces machines, avec les problématiques spécifiques induites comme le fait EDF avec son projet de parc démonstrateur de Paimpol-Bréhat.
L'Europe représenterait, pour les équipementiers, un marché de 10 000 à 20 000 hydroliennes, soit 10 à 50 milliards d'euros selon le coût à terme des machines. Lors de la conférence internationale sur les énergies marines (ICOE 2008 ) co-organisée par EDF R&D et Ifremer en octobre 2008, la plupart des grands électriciens européens - E.On, npower (RWE), Iberdrola, Statkraft - étaient présents, engagés dans des projets de démonstration technologique en mer pour mieux évaluer les caractéristiques de cette énergie.
Si les projets pré-industriels fleurissent, l'Etat français souhaite inciter au développement des énergies marines, tant sur le plan technologique et industriel (émergence de fournisseurs français d'hydroliennes) qu'énergétique (production à terme de MWh hydroliens dans les eaux françaises).
Début 2008, le Grenelle de l'environnement a identifié les énergies marines comme l'une des composantes nécessaires à l'atteinte de l'objectif de développement de 20 MTep supplémentaires d'énergies renouvelables d'ici 2020. Le rapport définitif du Comité Opérationnel EnR (PDF 1007Kb) cite une contribution possible de l'ordre de 0,2 à 0,5 MTep (soit 2 à 5 TWh pour 1 à 2 GW installés). Ce rapport pointe aussi le rôle essentiel des démonstrateurs, étape clé dans le processus d'innovation, et demande en particulier qu'une expérimentation grande échelle d'un parc d'hydroliennes soit réalisée.
Le Grenelle de la mer , dont les conclusions étaient rendues à l'été 2009, a confirmé et précisé l'ambition affichée avec le Grenelle de l'environnement, dans un Livre Bleu (PDF 1145Kb) . Il propose de soutenir et planifier le développement des énergies marines, en s'appuyant sur l'initiative IPANEMA , en définissant un cadre de planification, d'évaluation et de recherche, en finançant des centres d'essais et en clarifiant la réglementation.
Parmi les régions fondatrices d'IPANEMA, la Bretagne a très tôt identifié le potentiel des énergies marines pour son avenir énergétique, et les opportunités qui pouvaient être saisies. Le Conseil Régional est partenaire d'EDF sur le projet de Paimpol-Bréhat. Par ailleurs, le CESR Bretagne a publié un rapport « Des énergies marines en Bretagne : à nous de jouer ! » en mars 2009 qui a ensuite donné lieu à un forum « Prospective ».
En octobre 2009, afin que la stratégie énergétique de la France soit fortement axée sur les énergies marines renouvelables, et que 6000 MW soient produits par ces énergies en 2020 selon les recommandations du Grenelle de la mer, l'Ademe a lancé un Appel à Manifestation d'Intérêt (AMI) sur les énergies marines (PDF 42Kb) centré sur 4 filières clés : les hydroliennes, l'éolien offshore flottant, les systèmes houlomoteurs et l'énergie thermique des mers.
Début décembre 2009, le Premier Ministre a confirmé que la plateforme technologique sur les énergies marines, dont le Président de la République avait annoncé la création en juillet 2009, verrait le jour à Brest au sein de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer ).
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